Soirée continue : « Moi, grosse »

Une fiction suivie d'un débat, « Souffrir d'être gros »...

Moi, grosse est l’histoire, adaptée du livre de Gabrielle Deydier*, d’une jeune femme qui n’entre pas dans les critères imposés par la société, laquelle condamne son surpoids. Pour interpréter ce personnage hors norme, la youtubeuse, chanteuse et comédienne Juliette Katz s’engage plus fort contre la grossophobie et la dictature du conformisme. Le film est suivi d’un débat mené par Julian Bugier. Mercredi 15 mai sur France 2.

Moi, grosse
« Moi, grosse ». © DR France tv

« Grossophobie » : kézako ? Une nouvelle allergie ?...

... En quelque sorte puisqu’il s’agit de la mise au ban des personnes dont l'IMC (indice de masse corporelle) dépasse 30 kg/m2. Cette forme de ségrégation vient s’ajouter à une liste déjà trop longue de stigmatisations des individus d’après leur aspect physique. Dans Moi, grosse, Raphaëlle, le personnage principal, est successivement confrontée à tous les murs que le regard des autres élève entre elle et ses projets de vie juste normale. Tous les jours, son poids revient dans les conversations, soit sous forme de conseil, soit de curiosité, de pitié, même d’agressivité. 145 kilos qu’elle transporte comme un boulet, l’entraînant toujours plus bas. Après avoir perdu son boulot, pour lequel elle était déjà surdiplômée, elle perd son appartement. Trajectoire extrême, mais qui met en exergue la psychorigidité de la société et ses tropismes. Adapté du livre de Gabrielle Deydier, On ne naît pas grosse*, le film touche au cœur de la difficulté d’être différent dans une société normative.

Si tu crois que c’est facile d’avoir une fille comme toi...

Le père de Raphaëlle, joué par Antoine Duléry

La grossophobie, un phénomène d’invisibilisation ? 

La grossophobie est souvent la grande oubliée des discriminations, même si les textes de loi définissent clairement la discrimination fondée sur l’apparence physique comme un acte pénalement répréhensible. C’est ce paradoxe que soulève le personnage de Raphaëlle : comment les personnes qui prennent le plus d’espace physiquement sont-elles devenues si invisibles aux yeux de la société, si invisibles qu’on a encore trop peu de chiffres pour étudier les conséquences réelles de la grossophobie. Cette invisibilité est telle que, lorsque la production de Moi, grosse se mit à la recherche d’une actrice obèse, elle n’en trouva pas. Juliette Katz, l’interprète de Raphaëlle, a dû porter ce que l’on appelle communément une fat suit pour lui rajouter quelques kilos à l’écran, malgré la dénonciation de leur utilisation par les militants. Mais le personnage de Raphaëlle n’est pas au bout de ses surprises, car elle est à l’intersection de deux discriminations : c’est une femme grosse. D’après le défenseur des droits, les femmes en situation de surpoids sont davantage discriminées à l’embauche que les hommes. Mais, par-delà les discriminations qu’elle subit, l’histoire de Raphaëlle est l’histoire d’une femme qui trouve sa place dans une société qui veut la cacher. 
 

Si je reste obèse, je dois baisser mon salaire, m’éloigner de Paris et renoncer à mes rêves.

Raphaëlle, interprétée par Juliette Katz

Les rêves de Juliette

Pour interpréter la forte personnalité de Raphaëlle, Juliette Katz, la comédienne (youtubeuse, chanteuse, écrivaine également), exprime avec subtilité les émotions de son alter ego dont on sent qu’elles ne lui sont pas étrangères. « Du CP à la troisième, je me suis pas mal identifiée à ce que les gens disaient de moi. Alors, très vite, je me suis dis : “Ok, je suis comme ça.” »  Née dans une famille d’artistes (son oncle n’est autre que Michel Jonasz), Juliette a vécu cette discrimination enfant, mais également depuis qu'elle fait des vidéos sur sa chaîne YouTube : Coucou les girls. « C'est un endroit magnifique où tout le monde vient vomir sa haine. Forcément, je suis une nana, je suis blonde, je fais des parodies, je suis un peu grosse, je fais de l'humour, forcément ça va déranger quelque part. Pendant un moment, tous les jours, il y avait des gens qui venaient m'insulter par message. Je dirais que ça ne me touche plus trop. » 
Et elle n'a pas fini de faire couler l'encre de ses détracteurs parce qu'elle ne compte pas s'arrêter là !... Le 16 mai sort son premier livre : T'es bonne, bébé (First éditions). 

* On ne naît pas grosse, Gabrielle Deydier (Éditions Goutte d'Or, 2017). 

Moi, grosse, en résumé…

Raphaëlle n’en revient pas : elle a été virée de son poste d’animatrice des écoles parce que son obésité ferait peur aux enfants ! À Pôle Emploi, Raphaëlle est confiante : elle a un diplôme, une expérience professionnelle, tout va bien. Et pourtant, même discours frontal : aucune chance de retrouver un boulot si elle ne maigrit pas… « Pas question ! » s’indigne Raphaëlle. Mais la réalité la rattrape, sa situation se dégrade, et c’est un véritable combat qu’elle va devoir mener : un combat pour sa survie et le droit d’être qui elle est. 

Fiction (90 min) - Réalisation 
Murielle Magellan - Scénario 
Murielle Magellan
et Sandrine Roudeix - D'après le livre de 
Gabrielle Deydier 
On ne naît pas grosse 
(Éditions Goutte d'Or) - Directrice littéraire 
Lolita Franchet - Musique
 Bertrand Belin - Production 
Barjac Production et 
France Télévisions

Distribution
Juliette Katz Raphaëlle
Julie Delarme Judith
Antoine Duléry Jacques
Évelyne Bouix Monique
Camille Japy Noémie
Christopher Bayemi Désiré... 

Le débat : 
« Souffrir d’être gros... »

Présentation
 Julian Bugier


Réalisation 
Philippe Lallemant


Préparé par 
Dorothée Costenoble 

 

Moi, grosse est diffusé le mercredi 15 mai 2019 à 21.10 sur France 2
À voir et revoir sur france.tv

Publié par
Diane Ermel et Marine Nozerand
le 14/05/2019
Interview Juliette Katz